Mon histoire pourrait commencer ainsi
« un matin je me suis réveillée dans un épais brouillard,
impossible d’en sortir, tout était si noir…
il est trop tard la maladie a fait son nid très profondément .

Et le décès de mon amie n’était que le déclencheur.
Aller chercher de l’aide n’est pas chose facile et plusieurs d’entre nous en on fait l’amer constat…

L’anorexie représente bien plus que ce que l’on assimile classiquement a un suicide lent, un réel désir de vivre, mis à mal par la peur de ne pas savoir , la peur de ne pas avoir le droit
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C’est un vrai désordre dans la tête d’un anorexique.

Mon corps n’était pas alimenté, c’était l’essentiel. A travers lui j’exprimais ma souffrance. Ce ventre, centre des émotions, devait toujours rester vide pour que je me sente bien.

Ce que je veux que vous sachiez afin que cesse toutes ces atrocités, vous qui me lisez aujourd’hui, c’est cette culpabilité que l’on me fait porter :
* c’est dur d’être anorexique
* d’exister et de ne pas se sentir vivante
* d’être entourée sans oser prendre sa place,
* d’être toujours poussée à agir ,à dépenser son énergie pour les autres, à s’oublier…
* que même si le mécanisme du mensonge fonctionne à la perfection, il ne s’en dégage pas moins un sentiment de honte ,de dégoût de soi, un sentiment qui nous plonge dans la solitude la plus profonde…


C’est dur de vivre le moment présent parce que le passé lointain est trop douloureux, de faire semblant d’être présent..
* de porter le nom d’une famille avec le sentiment de ne pas en faire partie, de ne pas lui appartenir, de ne pas sentir le lien familial..
* de désirer la chaleur et de ne ressentir que le froid..
* par dessus tout de vivre dans l’angoisse qui vous pousse inexorablement dans la non vie qu’est l’anorexie..
* de découvrir qu’une partie de notre comportement nous échappe ,nous devenons intransigeant nous nous emportons pour un oui pour un non.


A la question « sort on de l’anorexie ? ? ? je réponds je ne sais pas. Car aujourd’hui chaque jour qui passe je me demande si demain sera mieux ou pire…

Il faut se battre contre soi même.


Il y a cependant des dispositifs thérapeutiques qui alliés les uns aux autres permettent des progrès dans l’amélioration physique et psychique des patients d’ou l’intérêt d’une équipe pluridisciplinaire :
* Psychomotricien qui permet le langage du corps, mais aussi travail sur le relationnel.. relation avec les autres (regard ,tensions du corps, ses sentiments), investissement de l’espace, relaxation ect. .
* Kiné pour régler les crampes, douleur dorsale qui fait que dormir devient un vrai calvaire
* Diétiticien pour le réapprentissage des gouts
* Psychologue et psychothérapeute .
* Balnéo pour l’équilibre et le souffle .
Pluridisciplinaire pour l’aider a se structurer, à lui redonner des repères qu’il a perdu.


L’association « chrysalide » n’est qu’un maillon de la chaîne et s’adresse ce soir aux professionnels de santé, au conseil général, aux structures qui reçoivent les jeunes. « Unissons nous pour grandir ». pour que les anorexiques savourent le goût de vivre, sachons ensemble retrouver la parole perdue, car nous avons encore tant de choses à nous dire…


Professionnels de santé, sachez que derrière ce pas qui accompagne notre premier pas vers vous, ce pas si difficile a faire pour nous, est d’autant plus important qu’il accompagne notre demande d’aide…alors pensez que votre façon de recevoir cet appel sera déterminant pour nous.


Ceux qui nous aident à nous en sortir ne sont pas les donneurs de leçons qui essaient de nous culpabiliser :
« Pense a tes enfants a ton mari », « si on veut on le peut ,ta pas de volonté » ,ect… Combien de fois ai-je entendu des horreurs ! Justement si j’en suis là c’est qu’ Elsa s’est perdue a force de vivre pour les autres, elle s’est effacée ,et a voulu disparaître dans un trop plein de souffrance.


Ceux qui nous aident sont des personnes qui essaient de comprendre notre maladie qui ne nous jugent pas et qui chaque jours nous font rire, nous donnent de l’amour. Merci à tous ceux qui aident les anorexiques à s’en sortir .


Merci a mon amie Anne Marie qui m’aide encore quand le besoin est la. Merci d’avoir résisté aux pressions faites autour de notre histoire, d’avoir maintenu la porte de la vie ouverte alors que moi je m’efforçais de vouloir la fermer, d’être ce qu’elle est .
Je tiens a lui dire : « n’écoute pas les mauvaises langues mais ton cœur ; j’ai encore besoin de toi comme guide. Tu as a un place toute particulière et d’autres auront besoin de toi. Reste comme tu es, c’est ce qui fait ta force face a l’anorexique que je suis »


Je ne sais pas vous dire si je saurai laisser tomber mon armature mais j’y travaille. Je ne sais pas si un jour la lumière de la vie me réchauffera mais je m’accroche.

Merci a mes enfants Mélina et Jennifer, ainsi qu’a mon mari.


Aujourd’hui je ne travaille plus pour la protection de l’enfance et de l’adolescence mais avec une personne alzheimer.

Alzheimer, anorexique,... toi Marina qui vit une étape difficile,
il nous faut simplement écrire une autre page de notre histoire.

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